En astrophysique, la question du commencement de l’univers est une question au sens classique où son existence précède elle-même l’apparition d’une science astrophysique : c’est d’abord une question de cosmologie. Cependant elle pose naturellement paradoxe au sens où concevoir une antériorité à l’antériorité parait logiquement impossible : alors que le concept du temps de nature mathématique parait être infiniment divisible et extensible. En ce sens il est difficile de concevoir à la fois un début qui ne débute pas ou un non-début comme début de l’univers. C’est-à-dire qu’un point dans le temps et l’espace ou une éternité du temps sont également problématiques pour concevoir une forme de commencement.
Je pars du point de vue que c’est peut-être Aristote qui commence par limiter notre concept de commencement au paradoxe du début en un point fixe ou de l’éternité à régression infinie. En effet, dans la Métaphysique, livre Lambda, Aristote considère que définir un premier moteur à l’Univers (un principe qui met le cosmos en mouvement) ne peut se faire sur une logique de régression à l’infini, qui serait intrinsèquement absurde. Mais il n’offre pas de solution alternative et préfère évacuer la possibilité d’une cause efficiente au commencement (c’est une cause finale qui motive la mise en mouvement de l’univers). Cependant la logique qu’Aristote adopte est très différente de la logique contemporaine. D’une part, cette logique au sens strict est une analyse du langage qui repose sur un assemble de prédicats et de copules et qui prend souvent la forme syllogistique dans la grèce antique. D’autre part, la causalité aristotélicienne ne se résume pas à une causalité mécanique, mais consiste aussi, essentiellement, en un causalité finale, au sens où c’est le but intrinsèque d’une chose qui lui donne son mouvement. En ce sens, la logique aristotélicienne n’est pas abstraite comme le serait une logique mathématique ; d’autre part, si la régression indéfinie dans les causes mécaniques parait absurde, c’est précisément parce qu’elle est sans fin, c’est-à-dire qu’Aristote pose un interdit sur l’infini dans l’ordre du raisonnement. On ne pourrait pas penser l’infini.
C’est cet interdit qu’il convient de justifier en confrontant à partir du mécanisme moderne, l’idée d’une cause efficiente à l’univers.
En français :
Histoire de l’histoire de l’origine
Plotin, les gnostiques et les chrétiens
La « révolution copernicienne » en question
Raison et science dans la cosmologie contemporaine
En anglais :
What is the well-foundedness of grounding ?
Metaphysical dependance: grounding and reduction
Metaphysical infinitism and the regress of being
Turtles all the way down: Regress, priority and fundamentality
Is there a fundamental level ?
Viciousness and the structure of reality
Dossier: Big Bang, matière noire... le cosmos insaissable
Tester les fondements du modèle du Big Bang
Du cosmos au big bang: la révolution philosophique
Que faisiez-vous avant le Big Bang ?
L’univers incompris (Carassou/Uzan)
Philosophie de la cosmologie: Paradigmes et fondements des sciences de l’Univers
Origines de la vie... Vertiges des origines
Les métamorphoses du ciel: De Giordano Bruno à l’Abbé Lemaître
Figures de l’infini: Les mathématiques au miroir des cultures
La cosmologie et le temps in L’irrationnel (Gilles-Gaston Granger)
Philosophie de la nature (plusieurs articles sur la cosmologie)
Platon, Lemaître et la question cosmologique
Topologie du commencement: l’interprétation d’Anaximandre par Heidegger
Lectures du commencement: la phusis entre Heidegger et la philologie